“Passe connard, mais passe je te dis”, hurle j’ainsi les majeurs levés
vers le ciel et la veine frontal séparant le dessous de mes cheveux en deux parties distinctes, offrant à mon visage une forme de postérieur. Me voilà entre un véhicule électrique conduit par un
petit monsieur coiffé d’une casquette « Paradisio», plissant les yeux pour comprendre ce qui se passe et une fausse voiture sportive, dans le style « Renaud Tigra » qui a tout
d’une grande mais qui fait un bruit de pénis décalottant au démarrage. Je n’aperçois pas le conducteur de la seconde automobile car toutes les vitres sont teintées (oui, même le pare-brise) à
l’aide d’un film plastique apposé avec une grande dextérité, un boulot d’horloger (aveugle, manchot et n’y connaissant rien aux horloges). Je décide alors de me calmer, augmentant le son de mon
lecteur de compact disque afin de mieux entendre le dernier Vivaldi fraichement sorti dans les bacs (un rappeur italien qui offre une vision plutôt avant-gardiste sur le toilettage des personnes
âgées).
La sensation d’emprisonnement et le sentiment de
sécurité (enfermé dans ma cage métallisé) nourrissent ma rage, je gesticule tel un dindon en saison d’accouplement, mes yeux se laissent aller dans mon délire et les postillons sortant de ma
bouche, qui feraient rougir le plus éloquent des acteurs de théâtre, s’écrasent sur mon par brise qui regrette la révolution de ’89 contre la commercialisation de l’essuie glace interne prônant
l’idée que celui-ci était dangereux pour les doigts, que personnes ne voulait de « flyers » à l’intérieur de la voiture et que l’amas de boutons sur le tableau de bord du véhicule
rendraient la vie insoutenable.
Ma main droite crispe le volant et la gauche punit le klaxon d’un rythme intense et répété, j’apercevais même le petit bonhomme, dans sa voiture à pile, battre la mesure à l’aide de ses pouces.
Je ne pu y croire, ce vieillot se moqua de ma folie passagère, j’étais pris pour un imbécile, une patate, une banane ou pire…un navet (rajoutez y de la crème et vous aurez un délicieux repas des
iles…britannique).
C’est alors que je fis l’impensable, j’aurais dû m’abstenir, car cette situation puait la pisse mais le fanatique du parc d’oiseaux vînt de rajouter son grain de sel qui fît déborder mon vase de
nuit. Je sortis brusquement de ma monture motorisée en beuglant sur le petit véhicule fragile tel un entraîneur d’équipe de bas de classement de la Jupiler ligue : « Enculéééééééé, à gauche, tu vois pas l’ouverture à gauche…concentre toi connard », un peu d’anglais pour ne pas démentir la
comparaison avec l’entraîneur de football : « Focus, focus, look, turn and go…ok !!! Tu vois tout de même que tu bloques le passage, faut te faire un dessin pépé, trop d’arthrose
on n’arrive plus à tenir son petit volant…AVANCE CONNARD !! ».
Ceci dura jusqu'au moment où le vieil homme rétorqua « pardon ? Je n’entends plus grand chose depuis vos nombreux coups de klaxon », petit trou du cul sarcastique. Ma
conscience m’interdît de lever la main sur un homme qui ne sait pas se défendre contre un bébé, j’ai donc procédé à mon deuxième choix, je pris son
visage entre mes deux mains et lui fit une baise tout en le regardant profondément dans les yeux ; il su immédiatement qu’il venait d’être frappé par «the kiss of death» (c’est plus cool en
anglais) ce qui le fît partir en un quart de seconde. La situation résolu, je me remis dans la voiture et démarra, un air de fierté me traversant.
Ce n’est que plus tard que je compris mon erreur, car un jour ou l’autre,
lors d’un diner, une fête de famille ou un entretient d’embauche, je tomberais sur ce même personnage et serais bien obligé de respecter mon engagement, car « le baiser de la mort » ne
peut être pris à la légère. En espérant que d’ici là, il succombera à une mort naturel, car j’ai toujours eu des scrupules par rapport à l’exécution d’humains
grisaillant.
En bref, ne prenez jamais d’engagement que vous ne serrez probablement pas tenir, cela pourrait se retourner contre vous.
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